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Maxi Toys : six mois pour se relancer

Bruno Bokanowski

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Maxi Toys : six mois pour se relancer

L’entreprise va être officiellement placée sous la protection de la LCE, la Loi de continuité d’entreprise, dès lundi prochain et pour les six prochains mois minimum. Le point avec Alain Hellebaut, CEO de Maxi Toys.

 

Pourquoi avez-vous été amené à demander la procédure de protection du groupe Maxi Toys ?

La fermeture de tous nos magasins durant huit semaines a coûté 30 M€ à l’entreprise, ce qui n’est pas neutre, et ce qui a perturbé la négociation avec les banques pour l’obtention des financements. D’où la demande de cette mesure de protection judiciaire contre nos créanciers afin de nous donner un peu d’oxygène et de nous laisser le temps de trouver des solutions à moyen terme.

 

Quel a été l’avis du Comité social et économique qui s’est tenu en France le 11 mai dernier ?

Le Comité m’a apporté son soutien pour déposer la requête concernant Maxi Toys France devant le tribunal de Mons, en Belgique, qui va donc gérer un seul dossier regroupant toutes les sociétés du groupe : Maxi Toys Belgique, Logitoys, Bart Smit et Maxi Toys France. Il y aura donc un seul mandataire judiciaire qui sera nommé pour l’ensemble du groupe, ce qui contribuera notamment à éviter son dépeçage et à privilégier la solution d’un seul repreneur pour l’ensemble.

 

Quelles ont été les étapes successives qui ont conduit Maxi Toys à cette situation ?

C’est une décision très difficile à prendre si l’on considère que Maxi Toys a toujours été une entreprise rentable, hormis en 2014 et 2015, à la suite de l’incendie de notre entrepôt, et en 2019 qui a été pour nous une année très particulière.

Maxi Toys existe depuis 31 ans. L’enseigne a été reprise une première fois en 1997 par la famille Blokker qui lui a permis de se développer rapidement et de devenir un acteur majeur du marché avec 200 points de vente répartis dans quatre pays, et 1.200 collaborateurs. Blokker était non seulement notre actionnaire mais aussi notre banque, ce qui nous a évité d’avoir recours à tout financement externe. Un atout qui n’en est plus un puisque les banques nous considèrent aujourd’hui comme un nouveau client.

En 2016, nous avons cherché un nouvel actionnaire, sans succès, puis relancé la procédure en 2018 conclue par la reprise par Green Swan en janvier 2019, un fonds portugais qui avait précédemment acquis, en août 2018, Toys « R » Us Iberia avec ses magasins en Espagne et au Portugal. Ce nouvel actionnaire avait pris deux engagements : injecter du capital dans l’entreprise et ouvrir des financements externes pour couvrir nos besoins en fonds de roulement, sachant que nous achetons environ 110 M€ de marchandises par an. Je rappelle que, depuis toujours et encore aujourd’hui, Maxi Toys est une entreprise sans dette bancaire, même après une année 2019 difficile, avec un taux de solvabilité de 64 % et des fonds propres qui s’élèvent à 55 M€. C’est donc une entreprise « bankable » qui a pâti du fait que Green Swan n’a pas réalisé l’augmentation de capital sur laquelle il s’était engagé, ni prévu de solutions de financement extérieur. Par conséquent, sans intervention de l’actionnaire, les banques n’ont pas suivi. D’où, en mai 2019, l’obligation de nous priver de 9 M€ d’achat de marchandises, avec une pression sur le chiffre d’affaires ressentie deux mois plus tard.

Au même moment, nous devions constituer le stock de fin d’année, ce qui était impossible faute de financement. Obligé de trouver des alternatives, nous avons conclu un accord avec le propriétaire de Mirage, ex-Blokker, avec qui nous avons racheté Maxi Toys à Green Swan, début septembre 2019. Du capital a immédiatement été injecté et des financements externes prévus pour couvrir nos besoins de stock pour la fin d’année, mais, entre-temps, nous avons dû commencer la saison avec un taux de disponibilités de 70 %, largement insuffisant. Puis, le marché s’est considérablement ralenti en octobre et novembre, auquel se sont rajoutés les blocages dus aux grèves en France. Au final, nous avons réalisé un résultat très négatif en 2019, ce qui a sensiblement impacté la rentabilité de l’entreprise. D’autant que le rachat de Bart Smit par Green Swan ne nous a pas aidés : la société était déficitaire et a contribué à tirer l’Ebitda de l’entreprise consolidée vers le bas.

Conclusion, pour la première fois de son histoire, Maxi Toys a terminé l’année 2019 en négatif et, deux mois et demi plus tard, la crise sanitaire a été l’obstacle supplémentaire qui nous a conduits à demander cette procédure de protection.

 

Comment va se dérouler cette procédure ?

C’est une procédure belge appelée LCE, Loi de continuité d’entreprise, comparable au plan de sauvegarde qui existe en France, durant laquelle un mandataire va intervenir pour nous aider à trouver un nouvel actionnaire ou un nouvel investisseur, tout en étant protégé vis-à-vis de nos créanciers. Cette procédure va démarrer dès lundi prochain pour six mois, dans un premier temps, mais peut être prolongée jusqu’à dix-huit mois.

 

Avez-vous déjà des pistes pour trouver de nouveaux investisseurs ?

J’ai senti la situation venir et préparé en conséquence des plans alternatifs. Des contacts ont été établis puisque Mirage était, dès le départ, une solution temporaire, et des discussions sont en cours.

 

Des fermetures de magasins sont-elles envisagées durant cette période ?

Non, nous avions déjà acté les deux fermetures des magasins d’Arras et de Clermont-Ferrand avant cette procédure, et aucune autre n’est programmée. A ce jour tous nos magasins ont ré-ouvert leurs portes, hormis quelques-uns sur lesquels nous avons pris un peu de retard dans les mesures de sécurité sanitaire. 113 magasins fonctionnent actuellement sur 130, avec des performances spectaculaires sur ces premiers jours de déconfinement où nous affichons une progression de 130 % de notre activité, notamment sur les grosses pièces de plein air, les jeux de société, les puzzles et les jeux vidéo. Je pense que la tendance va continuer dans ce sens jusqu’à ce week-end, puis ralentira progressivement pour retrouver des niveaux plus habituels.

 

Quel est le message que vous souhaitez faire passer aux fournisseurs ?

J’ai deux messages. Le premier pour mes équipes, puisque ma priorité est de trouver des solutions garantissant la sauvegarde d’un maximum d’emplois, et je m’engage à tout faire dans ce sens. Le second pour les fournisseurs avec qui j’ai eu un maximum de contacts ces derniers temps pour leur expliquer notre situation, les informer sur la procédure et la façon dont nous allons opérer pour assurer notre continuité. Oui, nous avons aujourd’hui des factures que nous n’allons pas pouvoir payer durant la période de protection, mais nous allons continuer l’activité et nous avons besoin de nos partenaires pour nous sortir au plus vite de cette situation, dans l’intérêt de tous.

 

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